Aqui Radio Andorra







:: Naissance du projet Radio-Andorre.

Si le projet de création d'une radio en Andorre a été officialisé le 14 août 1935, il était déjà dans l'esprit de ses promoteurs depuis quelques années.

Un homme : Jacques Trémoulet.
A l'origine de ce projet, un homme, Jacques Trémoulet, fondateur d'une des première radio privée de France, Radio Toulouse qui émet depuis 1925. Son groupe, "La Radiophonie du Midi" contrôle dans les années 30 plusieurs stations privées en France : Radio Bordeaux Sud-Ouest, Radio Agen, le Poste de l'Ile-de-France mais il est aussi présent en Belgique et en Espagne. Sa régie publicitaire, Radio Informations, gère en exclusivité la publicité de ses radios mais aussi d'autres stations comme Radio Montpellier ou Radio Méditerranée. Avec son associé Léon Kierzkowski, il est un des piliers de la radio privée en France.

14 août 35 :
Un projet d'installation d'une radio en Principauté d'Andorre est transmis au délégué permanent du co-prince français par le Viguier de France.

19 août 35 :
Le Conseil Général des Vallées d'Andorre adopte un contrat de concession de 30 ans signé entre les deux syndics et M. Bonaventure Vila Ribes qui est donc autorisé à exploiter le poste de Radiodiffusion de la Principauté.

septembre 35 :
Le contrat de concession est soumis pour ratification aux deux co-princes. Le co-prince espagnol donne un avis favorable à la ratification, le co-prince français ne répond pas.


:: Pourquoi créer une radio périphérique ?
Le terme "radio périphérique" n'est apparu en fait qu'en 1955, mais son concept a été inventé dans les années 30 lors du lancement de Radio Luxembourg. Il s'agit d'une radio privée dont le capital est détenu par une société française, dont l'auditoire et les annonceurs sont majoritairement français et les émissions diffusées vers la France. Seul différence avec une radio privée française, son émetteur est situé à l'étranger, en périphérie de la frontière française. La radio périphérique possède un avantage sur la radio privée classique, c'est qu'elle est généralement abritée par un petit pays qui n'a pas les moyens d'avoir une radio d'état et qui concède l'exploitation de ses fréquences à un groupe privé à travers des concessions de longue durée qui garantissent au promoteur une stabilité et une pérénité. Cette stabilité est en revanche très fragile pour les radios privées émettant de France, car la législation menace régulièrement de remettre en cause leur existence, de limiter leur puissance ou leurs recettes publicitaires, et lorsqu'elles deviennent trop influentes, elles encourent le risque d'être nationalisées comme l'a été Radio Paris en 1933. La diffusion hors des frontières permet d'avoir une certaine distance par rapport aux influences politiques françaises, et accessoirement, d'avoir des avantages fiscaux que n'ont pas les radios françaises.

:: Création de la première radio périphérique française au Luxembourg.
En 1929, Jacques Trémoulet est candidat pour obtenir la concession de la radiodiffusion au Luxembourg. Avec ses collaborateurs Jéhan Caville et Marcel Degoy, il soutient la petite radio des frères Anen qui émettent à Luxembourg depuis 1925. Il y édifie à ses frais un nouvel émetteur et diffuse les premières émissions de la "Compagnie Nationale de Radiodiffusion Luxembourgeoise". Malheureusement, le gouvernement luxembourgeois entend organiser la radiodiffusion du Grand-Duché et le 29 septembre 1930, il accorde la concession à un autre groupe français qui gérait Radio Paris avant sa nationalisation. Jacques Trémoulet a échoué dans la création du premier poste périphérique français. Il n'échouera pas dans celle du deuxième.

:: Après le Luxembourg, l'Andorre.
Après son échec luxembourgois Jacques Trémoulet reste déterminé à créer une radio privée française dans un petit pays limitrophe. Son but est de pouvoir se protéger des aléas politiques français parmi lesquels la menace de la gauche de mettre fin à la radio privée en France. Après une tentative sans suite à Monte-Carlo, son choix se porte sur l'Andorre, plus proche de sa ville de Toulouse, et où il n'existe encore aucune station de radio. Une "Radio Andorre" pourrait ainsi prendre facilement le relais de la puissante Radio Toulouse en cas d'interdiction de cette dernière.
En 1935, l'Andorre est un pays pauvre où les infrastructures sont quasiment inexistantes. Le pays est officiellement indépendant, mais ses institutions sont encore moyennageuses. Economiquement il dépend totalement de ses deux voisins, la France et l'Espagne, Politiquement il est géré par un Conseil Général aux pouvoirs très limités et par deux co-princes hérités du Moyen-Age : Le Président de la République française et l'Evêque d'Urgell, petite ville espagnole située non loin de la frontière.

:: Mise sur pied du projet.
Pour concrétiser son projet, Jacques Trémoulet met au point sa stratégie. Le Conseil Général d'Andorre est habilité à accorder une concession à une personne privée de nationalité andorrane, et cette personne peut signer des accords avec des sociétés andorranes, françaises ou espagnoles. Jacques Trémoulet se rapproche donc d'un industriel andorran, Monsieur Bonaventure Vila Ribes qui obtient un contrat de concession signé le 19 août 1935 pour une durée de trente ans. Le Conseil Général ne s'oppose pas à ce que Bonaventure Vila signe un accord avec Jacques Trémoulet, car ce dernier promet d'installer le téléphone dans la principauté qui en est encore dépourvue. Ce cadeaux à l'Andorre est d'une valeur de 1 million de pesetas.
Il reste juste à ratifier ce contrat par les deux co-princes.
Le co-prince espagnol, Monseigneur Justi Guitart, et son délégué en Andorre, Ricardo Fornezza, sont confrontés à la guerre civile en Espagne, et voient plutôt d'un bon oeil la possibilité de disposer d'une station de Radio. Le contrat est aussitôt entériné par le co-prince espagnol. En revanche, la première difficulté rencontrée, est celle engendrée par le mutisme du co-prince français, Albert Lebrun, qui ne signe pas ce contrat.

:: La position en retrait de l'Etat français.
Le Président de la République française, Albert Lebrun, par ailleurs co-prince d'Andorre, voit d'un mauvais oeil la création d'une radio périphérique qu'il ne contrôlerait pas. En effet, contrairement au groupe qui dirige Radio Luxembourg, le groupe Trémoulet est totalement indépendant et les intérêts de l'Etat français n'y sont pas représentés. Néanmoins, la position du gouvernement sur ce sujet n'est pas totalement tranchée pour la simple raison que ce gouvernement est instable. Globalement lorsque le Président du Conseil est proche des forces de gauche, il est idéologiquement opposé à la radio privée et donc à Radio Andorre. En revanche, quand il est de droite, il y est plutôt favorable. Le 7 juin 1935, Pierre Laval (classé à droite, après une premier parcourt à gauche) remplace à la tête du gouvernement Fernand Bouisson (SFIO). Pierre Laval ne peut pas être opposé à la radio privée car il est indirectement propriétaire de Radio Lyon et sa société gère la publicité de Radio Nîmes. Le nouveau Président du Conseil est aussi assez proche de Jacques Trémoulet. En 1935, il évitera néanmoins de prendre ouvertement position car son gouvernement est fragile et on lui reprocherait facilement de prendre des décisions favorables à ses intérêts privés.


 

 


:: Ils ont un pouvoir sur le projet de création de Radio Andorre en 1935


Défavorable à Radio Andorre

Neutre sur le sujet Radio Andorre

Favorable à Radio Andorre



Co-princes d'Andorre

Président du Conseil

Co-prince espagnol

Co-prince français

depuis le 07/06/35


 

 


Type

Langue

Date

Descriptif

Source

Documents inédits

15 août 1935

Texte de la Concession du 19 août 1935
Copie du contrat de concession original signé le 19 août 1935 entre M. Bonaventura Vila Ribes et le Conseil Général.

Archives de l'Etat andorran

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Années 30

Les institutions andorranes dans les années 30.
Présentation de l'état politique et des institutions de la Principauté dans les années 30.

Jean-Marc Printz

 

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