:: Le gouvernement français joue la montre.
Si l'année 1936 avait calmé les ardeurs de Jacques Trémoulet sur son projet de création d'une radio périphérique en Andorre, la radicalisation de ses opposants en 1937 le poussera à réagir en lançant la construction de l'émetteur. Dès janvier, le délégué du co-prince français confirme à son homologue espagnol son refus de revenir sur les conditions imposées par la France. Le co-prince espagnol, réfugié provisoirement à Toulouse en raison de la guerre civile en Espagne, a de nombreux contacts avec Jacques Trémoulet. Ils décident de confier à un expert international les conditions d'exploitation d'une radio. Ses conclusions sont que, en attendant la Conférence Internationale du Caire de 1938, la station pourrait émettre sur Ondes Moyennes avec 2 kilowatts de puissance et sur Ondes Courtes avec 1 kilowatt.
Le co-prince espagnol invite son homologue français à se déterminer officiellement sur la concession de la radio. Dans un premier temps, il lui est adressé une réponse vague. En juillet 1937, Jacques Trémoulet commence les travaux de construction de l'émetteur, car en Andorre, l'hiver interdit tout chantier extérieur et le projet a suffisamment perdu de temps à cause de l'administration française qui joue la montre.

:: Les anglais dans le capital de la future Radio Andorre ?
Dans l'objectif de toucher le très juteux marché publicitaire anglais, déjà exploité par quelques stations françaises comme Radio Normandie ou Radio Luxembourg, Jacques Trémoulet signe un accord avec l'agence de publicité David Allen and Sons Limited de Londres qui entre dans le capital de la station à raison de 1 500 000 francs. Avec une puissance de 2 kw, Radio Andorre pourrait effectivement couvrir l'Angleterre où le monopole de la BBC interdit toute radio commerciale. Mais le gouvernement anglais multiplie les pressions auprès du gouvernement français pour arrêter les émissions publicitaires en anglais de Radio Normandie et Radio Luxembourg. Jacques Trémoulet ne voulant pas accumuler les arguments négatifs contre son projet, décide en décembre 1937 de renoncer à la prise de participation anglaise dans le capital de la future station. Il rachète les parts de David Allen and Sons Limited.

:: Début des travaux de construction de l'émetteur.
Malgré les pressions du Délégué du co-prince français pour faire cesser les travaux, Jacques Trémoulet poursuit les travaux de l'émetteur entamés en juillet 1937. Son choix s'est porté sur un terrain situé en bordure de l'unique route qui relie la frontière française à la capitale Andorre-la-Vieille. A la sortie du village d'Encamp, ce terrain n'est qu'à quelques kilomètres d'Andorre-la-Vieille. Le bâtiment sera entièrement neuf et construit selon un style néo-roman assez cher aux populations andorranes dont la plupart des églises sont de style roman. Ce bâtiment abritera l'imposant émetteur et un premier studio. Il sera en contrebas des futurs pylônes supportant l'antenne qui sera érigée sur les rives du lac d'Engolasters. Quant aux studios et bureaux administratifs, ils seront installés à l'entrée de la capitale andorrane dans un grand bâtiment qui n'est autre que l'Hôtel de France après avoir été la manufacture de tabacs de la Principauté.

12 janvier 37 :
Le délégué du co-prince français refuse au futur poste andorran une puissance supérieure à 200 watts.

13 mars 37 :
Un expert international fixe les conditions d'exploitation de la station dans le cadre de la réglementation entre les Etats.

Jacques Trémoulet fait entrer dans le capital de la future station l'agence de publicité anglaise David Allen and Sons Limited.

22 mars 37 :
Le délégué de la Mître écrit à son homologue français pour lui demander de donner son accord au démarrage des travaux de construction de l'émetteur.

juillet 37 :
Sans attendre la réponse officielle de la France, Jacques Trémoulet fait commencer les travaux.

15 juillet 37 :
L'évêque d'Urgel écrit à son homologue le co-prince français Albert Lebrun pour lui demander une prise de position officielle. Albert Lebrun répond de manière floue que le sujet fait l'objet d'une étude technique auprès de son administration.

22 novembre 37 :
Le délégué de la Mître envoie au délégué français un projet de décret de ratification de la concession.

27 novembre 37 :
Le délégué français ordonne au syndic général des vallées de faire suspendre les travaux.

4 décembre 37 :
Le syndic répond au délégué français qu'il outrepasse ses droits et que les travaux continueront conformément à la décision du Conseil des vallées.

10 décembre 37 :
Après diverses prises de positions peu favorables à la construction d'un poste en Andorre, le ministre des PTT fait enfin part de la réponse officielle de la France sur la création de la radio : Elle est négative.

31 décembre 37 :
Jacques Trémoulet et Léon Kierzkowski rachètent les droits vendus en début d'année à l'agence de publicité anglaise David Allen and Sons Limited.

:: Réaction négative du gouvernement français.
Devant le début des travaux, le Délégué permanent du co-prince français, le Préfet des Pyrénées orientales, ordonne au Syndic de faire cesser les travaux. Malheureusement pour lui, la loi andorrane ne lui permet pas de donner des ordres au Syndic qui refuse d'intervenir. L'incident fera réagir le Délégué de la Mître qui se plaindra officiellement de ces pressions inadmissibles. La radicalisation de la situation engendrera un débat à la Chambre des Députés le 10 décembre 1937. Jean-Baptiste Lebas, nouveau ministre des PTT, répondant à une question des députés socialistes, réaffirme l'opposition très ferme au projet Radio Andorre, comme l'avait déjà fait son prédécesseur Robert Jardillier.
Quant à Camille Chautemps, le nouveaux Président du Conseil, il semble moins tranché sur le sujet. Dans une note qu'il avait adressé à son ministre des PTT en novembre 1937, il indiquait qu'il approuvait le refus de son ministre mais que si le Ministre des affaires étrangères estimait qu'une station pouvait servir l'influence de la France en Europe, il ne verrait pas d'inconvenient à son édification, à condition que tous les intérêts français soient préservés.

:: La presse s'empare du débat.
Le début des travaux et les remous politiques qu'ils entraînent en France font que la presse parle pour la première fois du projet Radio Andorre. D'une manière générale, la presse de gauche est contre le projet, la presse de droite est plutôt favorable. A la tête des opposants, le quotidien socialiste "le Populaire" sous la plume de Paul Campargue s'insurge contre la radio privée en général et le projet andorran. Le Petit Journal, le nouvel organe du PSF (droite) et du Colonel de la Rocque défend avec virulence la lutte contre le monopole de la radio et le combat de Radio Andorre.


 

 


:: Ils sont intervenus dans le dossier Radio-Andorre en 1937

Défavorable à Radio Andorre

Neutre sur le sujet Radio Andorre

Favorable à Radio Andorre

Co-princes d'Andorre

Co-prince espagnol

Co-prince français

Présidents du Conseil

jusqu'au 21/06/37

à partir du 29/06/37

Ministres des PTT

jusqu'au 22/06/37

à partir du 22/06/37

 

Type

Langue

Date

Descriptif

Source

Documents inédits

html

1937 - 1939

Les travaux de l'émetteur en image
Ce document exceptionnel est un reportage photographique sur les travaux de l'émetteur de Radio Andorre à Encamp depuis le choix du terrain jusqu'à la réalisation finale deux ans plus tard.
(26 photos)

Miguel Sanchez Baños

 

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